L’expression « a minima » se répand comme une mauvaise herbe dans le Français courant. Son utilisateur croit peut-être enjoliver son propos par une locution latine, il ne fait en réalité qu’afficher son ignorance puisque « a minima » est (presque) systématiquement utilisé de manière fautive.

En Français la locution latine « a minima » n’est en principe admise que dans le terme « appel a minima » qui désigne un appel que le ministère public interjette quand il considère que la peine décidée par un tribunal est trop faible. Pour construire ce terme les juristes ont emprunté « a minima » à la formule latine « a minima poena ad majorem » qui signifie « à partir de la peine la plus petite vers une plus grande ».

On le comprend, en Latin « a minima » exprime un mouvement qui éloigne du minimum. La préposition latine « a » ou « ab » désigne le point de départ, l’origine d’un mouvement. Quant à la direction du mouvement, au point d’arrivée, il est introduit par la préposition « ad » (« ad majorem » : vers une plus grande).

Un appel a minima est donc un appel dont l’objet est d’éloigner la peine finale du niveau minimum.

Cette notion d’appel a minima ne se rencontre pas tous les jours et pourtant les « a minima » foisonnent à l’excès dans la presse et apparaissent même dans la littérature. Le sens qui est attribué à cette locution est généralement celui de «au moins ». Ainsi du titre de cet article du Figaro (31/03/2018) : « Fourcade repart pour deux ans a minima ». On comprend que notre champion de ski Martin Fourcade continue sa carrière pour au moins deux ans. Le journaliste aurait pu écrire « pour au moins deux ans » ou « pour deux ans au minimum ». Autant de mots français qu’il connaît sans doute.

Peut-être avait-il l’impression d’enrichir son propos avec ces deux mots de latin. Malheureusement il l’a fait à mauvais escient car malgré les apparences, le « au minimum » français et le « a minima » latin ne sont pas synonymes.

Dans « au minimum », « au » remplace « à le ». La préposition « à » indique ici l’endroit où l’on se situe, en l’occurrence le point le plus bas. Qu’elle désigne l’endroit où l’on se situe (je suis à Paris) ou l’endroit où l’on va (je vais à Marseille) notre préposition « à » est directement apparentée au « ad » latin et donc à l’opposé du « ab » de « a minima ». « Au minimum » signifie que l’on se situe au point le plus bas, « a minima » exprime au contraire un mouvement qui éloigne de ce point.

L’auteur donne donc à « a minima » un sens quasiment à l’opposé de la signification réelle cette locution. Voulant faire le malin avec un peu de Latin il insulte cette langue de référence. Et le problème dépasse le domaine de la querelle académique puisqu’il débouche sur un inconvénient beaucoup plus concret : en donnant à « a minima » un sens inventé, on prend en effet le risque que d’autres inventent un autre sens encore, d’où des risques d’incompréhensions.

 

L’utilisation inappropriée du Latin était déjà un souci pour François Ier qui en avait proscrit l’usage dans l’Ordonnance de Villers Cotterêt (1539). Le dernier paragraphe ci-dessus mentionne ainsi que pour éviter la mauvaise compréhension des mots latins tous les actes officiels seront « prononcés, publiés et notifiés aux parties en langue maternelle française, et pas autrement ».
L’utilisation inappropriée du Latin était déjà un souci pour François Ier qui en avait proscrit l’usage dans l’Ordonnance de Villers Cotterêt (1539).
Le dernier paragraphe ci-dessus mentionne ainsi que pour éviter la mauvaise compréhension des mots latins tous les actes officiels seront « prononcés, publiés et notifiés aux parties en langue maternelle française, et pas autrement ».

En effet « a minima » est parfois utilisé avec une autre signification, comme dans ce titre d’un article du Monde (07/04/2018) : « Monaco bat Nantes a minima (2-1) ». On comprend que le journaliste a voulu dire « de peu » ou « petitement ». On peut considérer que le « a minima » véhicule ici une notion de moindre effort, de manque d’ambition, tout cela est contenu dans le « petitement ».

Cette acception de « a minima » est évidemment tout aussi fautive que la précédente mais elle est surtout assez nettement différente. Avec cette signification en tête, la phrase « Fourcade repart pour deux ans a minima » prendrait un tout autre sens. Elle exprimerait alors non pas que notre multi médaillé olympique prolonge sa carrière, mais qu’il se met en roue libre, qu’il va certes continuer à concourir mais sans se donner à fond.

Rapprocher ces deux titres permet de constater que l’utilisation de cette expression « a minima » peut amener des confusions qui seraient évitées avec quelques mots d’un Français courant.

Je parlais en introduction de mauvaise herbe, il faut déplorer une mutation inquiétante de ce parasite avec l’apparition de « a maxima », en complément du « a minima » originel. Ainsi de ce titre du Nouvel Observateur (03/04/2018) : « SNCF : la grève, une « réponse a maxima » à « une réforme a minima » selon Woerth ».

On comprend qu’Eric Woerth veut exprimer que la grève est excessive et la réforme insuffisante. Il s’agit donc de la deuxième acception de « a minima » évoquée ci-dessus, celle du « petitement », « à moindre effort ». Avec « a minima » on était dans la faute, « a maxima » nous précipite dans le ridicule : comme «a minima », « a maxima »signifierait en Latin tout autre chose que ce qu’on veut lui faire dire mais en plus, et contrairement à « a minima », il n’a même pas l’excuse de ressembler à quelque chose qui existe vraiment.

Après François Ier (voir plus haut) la Convention Nationale a choisi d’affirmer, dans l’article 1 du décret du 2 thermidor an II (20 juillet 1794) que « À compter du jour de la publication de la présente loi, nul acte public ne pourra, dans quelque partie que ce soit du territoire de la République, être écrit qu’en langue française ». Tel que voulu par Robespierre ce décret sanctionnait de six mois de prison celui qui ne ferait pas l’effort d’écrire en Français.

Ceux qui écriront a minima (sans rigueur) seront punis de six mois de prison ... a minima.
Ceux qui utiliseront un Français a minima seront punis de six mois de prison a minima.

Six mois c’est peut-être beaucoup mais un jour ou deux, pourquoi pas ?

Un commentaire sur « « A minima » : le Latin crétin »

  1. Dommage de laisser des fautes dans un texte censé fustiger les abrutis qui utlisent « a minima » à mauvais escient ! Les Français (gentilé) doivent utiliser un français (langue) correct, certes mais méritent-ils pour autant la prison ? Un article confus et pédant qui n’aidera ni les amoureux de la langue, ni ceux pour qui elle n’est qu’un vaste champ truffé de chausse-trappes.

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